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Les puits

Hors du temps…

Les puits de science croient qu’ils savent la vérité mais la vérité n’est pas dans leurs propos, elle est dans le puits. Seul le puisatier a le pouvoir de découvrir ce trésor, tapi dans cette tombe souterraine. Pourtant, personne ne lui demande jamais à quoi ressemble la vérité qu’il a trouvée. Le puisatier est modeste, et ne parle que si on l’interroge.

Narcisse a voulu voir de lui-même cette vérité et en a trouvé une bien étrange dans l’eau du puits où il se regardait : c’était son image. Il l’a aimée passionnément, et il s’est noyé en voulant l’embrasser. Il aurait dû s’adresser à Bethoul qui aurait eu du plaisir à lui parler de ce qu’il avait vu au fond du puits.

Jésus lui-même, que les musulmans appellent Aïssa, s’est assis sur la margelle d’un puits et a demandé à boire à une femme que tout séparait de lui.

Pour nous rendre le mensonge détestable, mon père nous menaçait de nous jeter dans le puits si nous osions enfreindre la vérité.

Ainsi, au gré de ces belles histoires, le bled m’a appris que les puits invitent à goûter à la patience de l’être, au mystère profond des reflets et des images. Les puits donnent de l’eau, mais ils sont les gardiens de la vérité. Ils sont aussi des miroirs irrésistibles, le purgatoire des petits enfants menteurs, et, parfois Dieu s’y arrête, quand il prend visage humain et qu’il veut délicieusement partager la joie d’une nouvelle rencontre.

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