Le rêve de Florence

Florence rêvait d'aller au bal. Son papa et sa maman lui avaient souvent raconté l'histoire de Cendrillon, de la citrouille devenue carrosse, de la chaussure de verre, du prince charmant qui peuplaient ses rêveries. Depuis lors elle n'avait eu qu'une seule idée dans sa tête: danser dans un vrai bal avec un vrai cavalier.

A la belle saison sous le ciel étoilé,bien des bals avaient lieu au village, mais, aucun cavalier ne se présentait en faisant la révérence pour l'inviter à danser, et même si son entourage pensait qu'elle était heureuse en la voyant tournoyer avec les enfants, personne ne comprenait son envie d'être invitée comme une princesse, son envie de tourner, tourner dans les bras d'un  cavalier...Alors comment faire se disait-elle? Comment pourrais-je danser une seule fois au bal?

Pour comprendre Florence il aurait fallu avoir un cœur gros comme un carrosse car il fallait rentrer dans le monde de l'innocence. Il y avait bien ce vieux conte hongrois que lui racontait son éducatrice. Un jeune homme merveilleux devient amoureux d'une poule noire prisonnière d'un sort jeté par un méchant génie. Elle ne pourra en être délivré que si le jeune homme accepte de l'épouser. Le jour du mariage arrivé, il était rentré dans l'église avec la poule sous son bras pour qu'enfin elle soit délivrée du sort qui l'avait transformée de belle jeune fille en poule noire. Il avait paraît-il affronté les moqueries de tous les villageois et leurs quolibets avaient fusé avec beaucoup de méchanceté autour d'eux. Il avait manqué s'enfuir dans les bois, pour toujours, avec la poule noire afin de ne plus les entendre. Mais on ne savait plus comment, il avait tenu bon, et, en sortant de l'église avec la ravissante jeune femme qu'était devenue la poule noire, tout le monde l'avait envié.

Quelle chance elles ont se disait Florence en pensant à Cendrillon, à la poule noire!... Peut-être que si un méchant génie me jetait un sort, un jeune homme apparaîtrait, se murmurait-elle.

En attendant ce moment, Florence devenait de plus en plus gentille. Notamment elle aimait aller dans les supermarchés avec son éducatrice et arrivait à deviner ce que les gens voulaient acheter. Alors elle se précipitait dans les rayons et rapportait le beurre, le sucre, le lait dans les chariots. Les gens étaient bien étonnés et lui disait "mais comment as-tu deviné?". Et Florence leur touchait la main avec un sourire et se dépêchait d'aller deviner les choix de quelqu'un d'autre. Elle avait beaucoup de travail.

Les jours passaient. C'était l'été. Dépêche-toi Florence, lui cria sa maman. Nous allons être en retard pour le bal. Florence traîna les pieds et mit du temps pour enfiler une jolie robe. Son cœur était  triste et gros de la déception qui l'envahirait une fois de plus. Les flonflons de l'orchestre se faisaient entendre. En chemin, son papa lui proposa de jouer au jeu des lapins, ils gagnèrent des bouteilles de bon vin et arrivèrent au bord de l'estrade. Les danseurs se trémoussaient sur la danse des canards qui se secouent le bas des reins. Bof! Se dit Florence, cette danse est ridicule !

Et à ce moment-là l'accordéoniste lança les notes qui disaient "quand tu me prends dans tes bras, je vois la vie en rose..." Florence aimait cet air et ferma les yeux. Elle ne vit pas un monsieur qui vint vers elle et lui demanda "voulez-vous danser mademoiselle?"

Le temps s'était arrêté pour Florence; seule la musique exista et elle s'abandonna à la valse. Le monsieur chuchota: "mademoiselle hier vous avez mis dans mon chariot le beurre que je cherchais. Je veux vous remercier pour votre amabilité."
Florence ne dit rien et se perdit dans le bonheur de danser sans fin.

De loin les étoiles furent étonnées de voir un village où il y avait un bal, mais dans ce bal il n'y avait que deux danseurs qui tournaient, tournaient et plein de lumières autour d'eux.