La princesse et le collier

Après tant d’années passées en mutuelle compagnie, la vieille colombe m’a dit au revoir avant de rejoindre le pays des colombes; j’avais rempli tout un livre avec les histoires qu’elle m’avait racontées. J’étais vraiment triste de son départ, quand, elle m’annonça l’arrivée de la cigogne ma nouvelle amie. « Néanmoins » me dit-elle « pour la rencontrer tu devras te rendre au col d’Organbidexka  dans le pays de Salam, elle le traverse deux fois par an et, elle aime bien s’arrêter là-bas durant la période où elle descend avec ses compagnes du nord vers le sud. Elles prennent un très grand plaisir à se laisser porter par le souffle chaud lorsqu’en automne il dilate une lumière généreuse qui redessine le monde».

  Un matin où le soleil enveloppait les montagnes et le ciel de sa douce chaleur, et où le vent du sud commençait à se faire entendre, je pris mon bâton taillé dans une branche de marronnier et partis vers ce col. Il apparut au terme d’une longue route, étalé en toute discrétion et bien adossé à deux montagnes. Légèrement en contrebas, de l’eau s’était accumulée dans les tourbières et formait un marécage.

   Comment allais-je rencontrer ma nouvelle amie et la reconnaître car il y avait beaucoup d’oiseaux ? Mais la colombe ne m’avait pas menti, un vol de cigognes que j’avais vu faire des ronds dans le ciel, se posa dans des battements d’ailes au milieu des ajoncs près du marécage. Elles allaient et venaient avec une grande majesté cherchant des limaces, des mulots, des serpents et dédaignaient le monde alentour. Une d’entre elles attira mon attention car elle était baguée et semblait se mettre un peu à l’écart. Je revins tant que dura le vent du sud et j’étais toujours attirée par cette cigogne solitaire qui elle aussi semblait me reconnaître et se mettait sur une patte pour me tenir compagnie à quelque distance. Nous nous apprivoisâmes mutuellement et au bout de quelques temps je compris peu à peu ses messages. Ainsi, durant le temps de son séjour, je pris chaque matin mon bâton de marronnier, je grimpai au col et je l’attendais.
 
   Elle me raconta cette histoire étrange : « une petite fille est arrivée pas très loin de chez toi sur la terre, mais, ce n’est pas une petite fille comme tu as l’habitude d’en voir, figure-toi et, surtout garde bien le secret, c’est une princesse et, pour pointer le bout de son nez, elle a exigé  un collier caché dans les montagnes. Elle s’appelle Lilia ».
  J’étais interloquée par tout ce qu’elle m’annonçait; ce prénom de princesse était très étrange et  cette petite fille bien capricieuse. « Ecoute bien » me dit la cigogne, «  ne prends pas cet air surpris et parle doucement, cette petite fille est une princesse et une princesse ne peut pas arriver au monde sans être parée d’un beau bijou. Toutes les princesses sont ainsi. La fée Natacha dont tu as peut-être entendu parler, connaît bien ce genre de situation car elle-même a été une princesse devenue fée par la suite».
  Je décidais de remplacer mes interrogations par une écoute parfaite; ma narratrice s’était posée sur sa longue patte rouge, avait rentré son cou dans ses épaules et me raconta tout ce qui se produisit dans la vie naissante de Lilia et celle de ses parents. 

    « Le papa et la maman ont mis bien du temps à comprendre les aventures qui allaient leur arriver. Ils furent surtout très intrigués par cette demande de collier. La petite fille l’avait formulée à sa façon, guettant le moment propice. Elle n’avait d’abord été qu’une graine d’âme, au milieu de toutes les graines d’âme, attendant le jour où elles doivent  choisir des parents avant de se développer près du cœur des mamans et enfin de naître. C’est alors qu’elle avait  examiné avec attention tous les parents qui étaient soumis à son choix parce qu’elle redoutait de se retrouver avec des parents trop calmes, trop sages. Et, finalement elle avait adopté ce papa-oiseau et cette maman-oiseau car ils avaient des ailes et pouvaient planer dans les airs. Ces ailes plurent énormément à la graine de princesse et elle fut très fière quand de loin elles les avaient vu voler tous les deux ; elle murmurait « comme ils sont beaux avec leurs ailes et leurs cheveux blonds ! On dirait des oiseaux dorés ! ». C’est à ce moment-là très précis qu’elle s’était juré : « c’est eux que je veux !». Et aussitôt elle avait rajouté : « ce papa avec ses ailes, il pourra aller dans les montagnes chercher mon collier  de princesse ».

  Quand les parents s’étaient rendus compte que cette petite graine d’âme les avait élus, le papa se pencha sur le ventre de la maman et eut la chance de comprendre  aussitôt le langage de la petite fille, ce pouvoir n’est pas donné à tous les papas. Il collait son oreille et lui parlait avec des mots d’amour. D’une voix câline, elle le complimentait et lui disait qu’elle était si heureuse de l’avoir choisi ainsi que la maman ! Le papa devenait  rouge de plaisir et se trémoussait. La maman prenait un air ravi. Un matin, la graine qui avait grandi,  leur avoua : «  j’ai vraiment eu de la chance de vous avoir rencontrés alors que vous voliez dans le ciel; j’étais découragée de ne pas trouver des parents qui me convenaient et j’ai manqué choisir un papa jardinier qui plante des fleurs et une maman pâtissière car je crois que je suis un peu  gourmande! ». Ils la trouvèrent tellement drôle et coquine qu’ils hésitèrent entre le surnom de Miette de gâteau ou celui de Lilia en vieille langue qui signifie Fleur. Ils optèrent pour Lilia en attendant de lui donner plus tard un vrai prénom de princesse. 

  La graine de princesse grossit et cherchait par tous les moyens à attirer l’attention du papa  qui s’amusait beaucoup de cette petite graine bien fantaisiste ; elle ne cessait de gigoter, de faire des cabrioles, de grimper aux parois mais il ne se doutait pas de ce qu’il apprendrait. Et, en effet  sa surprise fut de taille quand il entendit  la petite graine qui lui susurra : « oh ! mon papa-oiseau, je veux que tu ailles me chercher un collier avec des turquoises ». Croyant n’avoir pas bien compris, il lui fit répéter : « oui, oui, je suis une princesse et mon bijou d’arrivée sera un collier avec des turquoises ». La maman dressa l’oreille et  dit : « oh la la, petite Lilia, pas trop de princesse, moi je n’aime pas les bijoux ma petite fille, alors tu t’en passeras et notamment d’un collier ; a-t-on jamais vu un bébé avec un collier ? ». Mais la graine s’était mise à bouger dans tous les sens. Les parents retinrent leur souffle ; le papa essaya de faire entendre raison à Lilia, il lui fredonna un air qu’elle aimait bien. Il le tenait de son grand-père qui le lui avait donné comme cadeau quand il était un petit garçon, mais, la petite graine tournicota encore plus. Il essaya même pour la distraire, de dessiner un bébé sur le ventre de la maman avec des petits cailloux de couleur. Aucun stratagème ne réussit à la calmer. Elle les menaça de naître avec des cheveux noirs  et d’être brune comme un petit corbeau! Alors, les parents avaient longtemps discuté et décidé de partir tous les deux chercher ce collier. Une voisine toute aussi surprise qu’eux de cette demande insolite, leur vanta une montagne dans un pays lointain, le M’goun, où on pouvait trouver des améthystes, des agates, des péridots, des citrines, des vanadinites et peut-être des turquoises, « qui sait ? » avait-elle dit, « il faut que vous y alliez  sans tarder. Vous reconnaîtrez aisément l’endroit, c’est un gros massif de couleur ocre,  à l’intérieur duquel des paysans élèvent des moutons et des chèvres à côté de petites prairies vertes. En hiver il est couronné de neige et le vent y sculpte des formes étranges. Le pays est austère et pauvre mais les enfants y ont le plus beau sourire du monde ! ».

  Un beau matin de printemps, tous les deux s’en allèrent avec un gros sac sur le dos et leurs grandes  ailes pour voler. Ils affrontèrent le soleil, la pluie, le vent et le froid avant de se poser au pied d’un beau massif ocre sur lequel régnait en maître, un gypaète barbu qui, de son aire, surveillait les montagnes. Ils n’étaient pas au bout de leur peine et marchèrent longtemps, cherchant les prairies vertes avec des moutons et des chèvres, les sourires et tout ce qui pouvait  briller. Mais les gens qu’ils rencontraient, étaient pauvres, et s’il était vrai que le sourire de leurs enfants, dessiné sous des yeux noirs et ardents allait droit au cœur, ils n’avaient autour de leur cou que des colliers en ficelle avec quelques perles de verre. Ils explorèrent le massif montagneux en longeant l’oued qui descend dans la vallée, en visitant une grotte cachée à côté d’un éboulis. Mais aucun éclat bleu  n’accrocha leur regard. Un jour, le papa prit son courage à deux mains et décida d’aller tout en haut du massif, la maman fatiguée par ces longues marches, l’attendit dans un refuge en le regardant de loin parvenir au sommet, devenir tout petit et redescendre en volant. Il avait lutté contre le vent, pu contempler le monde d’en haut et voir au détour du chemin les sculptures étranges travaillées dans la neige par le vent, mais, il était bredouille. Le découragement commença à les tenter, néanmoins ils n’abandonnèrent pas la partie.
 
  Après avoir parcouru monts et vallées, et emmagasinés beaucoup de sourires, ils croisèrent au détour d’un chemin, un marchand ambulant, Brahim, qui cherchait les géodes, les ouvrait avec art et vendait ses belles trouvailles aux randonneurs, mais, hélas, il n’avait pas de collier avec des turquoises. Les parents étaient très déçus d’autant plus que Lilia n’avait pas oublié et demandait où en était la recherche toutes les fois où le papa rentrait en communication avec elle. Brahim qui était inspiré et plein de compassion, leur donna un indice : « ce n’est pas ici que vous trouverez le collier  avec les turquoises; il n’y a pas longtemps autour d’un puits j’ai rencontré une caravane de chameaux qui venait de l’Orient; j’ai parlé de pierres précieuses avec les hommes et je les ai entendus évoquer les magnifiques parures ornées de turquoises que portent leurs femmes dans le lointain pays d’où ils venaient ». 

  « Mais où est leur pays ? » demandèrent avec insistance les parents. Brahim voulait vraiment les aider et eut une idée : « je ne sais pas, allez voir la fée Natacha; elle est au courant de tout ce qui concerne les pierres précieuses. Elle habite à Biarritz au pays de Salam. Il est tout vert et les maisons sont blanches avec des volets rouges. On y parle en vieille langue. La fée vit dans une grotte qu’on appelle Harpea, au bord de l’océan, tout près d’un palais qui a la forme d’un E, du nom d’une ancienne princesse, Eugénie».
  Ils enfilèrent leurs sacs, remirent leurs ailes et profitèrent d’une migration d’oiseaux sauvages pour se joindre à eux et remonter vers le pays de Salam. C’étaient de belles grues solides et sérieuses qu’on entendait crier de loin quand on voyait le grand V qu’elles formaient dans le ciel. Avec elles, ils survolèrent la mer, des plaines où s’étiraient des grands fleuves et firent halte le soir avec beaucoup d’autres oiseaux.
  Et un jour, en fin d’après-midi, alors qu’ils venaient de franchir une chaîne montagneuse et que le soleil se glissait dans  la mer au milieu d’un incendie du ciel, un pays tout vert qui trempait ses pieds dans l’océan, leur apparut. Après avoir remercié et salué leurs compagnes de voyage, ils se posèrent sur le sable, plièrent leurs ailes et trouvèrent une grotte où passer la nuit, elle s’appelait la Chambre d’amour. « Demain nous chercherons la fée » dit le papa à la maman qui était très lasse. La petite graine fut très sage ce soir-là.

  Le jour suivant, ils n’eurent aucun mal à découvrir l’antre de la fée Natacha. Les feux des pierres jaillissaient de la grotte Harpea et on était aveuglé devant tant de scintillements. Pendant que les yeux s’habituaient à toute cette  lumière, la fée se préparait à recevoir ses visiteurs. Elle-même était revêtue de couleur dorée de la tête au pied, elle était grande, laissait flotter ses cheveux légèrement roux et parlait d’une voix douce qui ensorcelait ceux qui l’approchaient. C’était une vraie fée et sa baguette était toujours à portée de main.

  « Madame la fée, un marchand de pierres, Brahim, nous a parlé de toi, nous venons de bien loin et te saluons avec considération. Ta grotte  recèle  mille merveilles qui nous ravissent ; nous sommes en quête d’un collier avec des turquoises  » demandèrent timidement les parents.

  La fée qui sait beaucoup de choses leur rétorqua : « mes bons amis, je n’ai pas de collier avec ces pierres bleues, j’en ai de toutes les couleurs mais, hélas, je n’ai pas celles que vous cherchez ! Je suis au courant de tout ce qui vous arrive ; vous êtes déconcertés avec cette graine de bébé qui vous paraît bien exigeante ! Mais je vais vous expliquer. Moi aussi, j’ai connu la même aventure. J’étais une graine de princesse et mon bijou d’arrivée était une bague avec un saphir jaune entouré de diamants. Mes parents avaient essayé de s’opposer à ce qu’ils considéraient comme un caprice, mais je n’avais pas cédé ; j’avais lutté et j’avais gagné. Néanmoins mon papa avait exigé que de mon côté j’accepte d’entendre des choses qu’il avait à me dire quand j’aurai l’âge de raison….Ce qui est arrivé. Et puis je suis devenue une fée car la reine des fées ayant remarqué que j’aime les belles choses et que paraît-il, j’ai une douce voix, est venue me trouver et m’a dit : « Natacha, nous avons besoin d’une fée au pays de Salam, pour aider les princesses et leurs parents, acceptes-tu de faire partie de notre compagnie ? » Voilà comment les choses arrivent !! Elle m’a donné une baguette et je me suis retrouvée fée ! »

  Les parents n’étaient pas au bout de leur surprise quand la fée Natacha leur déclara : «en ce qui vous concerne, les choses sont un peu compliquées car le collier que vous cherchez, se trouve dans un pays très lointain  qui s’appelle le Trésoristan. Il est situé  loin d’ici, vers l’orient et le papa devra y aller seul. Je lui donne un indice pour le trouver : tous les enfants y jouent avec des cerfs-volants. De plus, et ceci est une condition de l’aide que je vous procure, vous devrez me présenter Lilia quand elle sera née, afin que nous lui donnions un prénom de princesse et que je lui dise des choses importantes ». Les parents  étaient muets en écoutant ces révélations et se regardèrent avec inquiétude.

 Le papa-oiseau sortit de sa stupeur dès qu’il le put: «  Merci infiniment Madame la fée, le chemin que vous nous proposez n’est pas facile et nous paraît bien mystérieux, mais, il faut croire qu’il représente pour nous le prix du bonheur. J’irai chercher le collier dans ces montagnes lointaines ». La maman, pleine d’appréhension demanda : «  crois-tu que tu doives partir si loin ?  Et crois-tu que  je doive rester toute seule pendant que tu seras à chercher ce collier dans ce pays inconnu ?  Et comment le trouveras-tu ? » Le papa était soulagé de sentir peu à peu l’approbation implicite de la maman, même si leurs  yeux se voilèrent de crainte devant l’épreuve à venir… le Trésoristan était si loin !

  Pour atteindre ce pays, le papa-oiseau mit le cap sur le soleil levant et  vola longtemps, très longtemps. Les montagnes furent de plus en plus hautes, les lacs de plus en plus profonds et les fleuves de plus en plus larges. Et un matin, après avoir dormi au creux d’un rocher, alors qu’il venait de décoller avec ses ailes, il aperçut des bouts de tissus de toutes les couleurs qui tremblaient dans le vent, au bout d’une ficelle tenue par des enfants. Il était arrivé au  Trésoristan. Il se posa près d’eux mais eut aussitôt l’impression étrange d’un grand danger qui rôdait partout. Le pays était vaste, dénudé et fier, et, il découvrit très vite que la guerre le ravageait. Il fut tenté de rebrousser chemin, d’autant plus qu’un hiver glacial s’était abattu sur les terres. Tandis qu’il méditait pour prendre sa décision, un groupe d’hommes arriva vers lui et lui demanda de l’aide ; c’étaient Shri Agha, Samiullah, Sadrudin, Zak, Saraj, Scott, Mike et Swartz. Ils étaient épuisés et désespérés car, au cours d’un combat avec l’ennemi, ils avaient perdu deux camarades dans la montagne, Rahmatullah et Pich ; ils les avaient cherchés longtemps, avaient repéré Pich qui était mort et ne savaient plus comment s’y prendre pour porter secours à leur compagnon restant qu’ils espéraient encore survivant. « Nous t’avons vu arriver avec tes grandes ailes et te demandons de nous aider à le retrouver ». Le papa-oiseau ferma les yeux et vit passer  en un éclair la maman-oiseau qui était toute seule avec son bébé, et son cœur se serra ; mais, il n’hésita pas une seconde devant ces hommes  courageux, postés devant lui. « D’où venez-vous ? Dans quelle direction faut-il que j’aille ? ». Ils lui indiquèrent un lac, un col, un sommet nommé le Kukh-E Gorugh, tout en le prévenant que l’adversaire était féroce et en embuscade derrière chaque rocher. Le papa-oiseau décida de partir de nuit et, en survolant le col, pas très loin du lac, il aperçut un petit feu qu’un homme entretenait sous une paroi pour se réchauffer. « Etait-ce Ramatullah ou un ennemi ? » ; il se dit : « courage ! j’y vais » et orienta son vol le plus silencieusement qu’il put, vers lui. C’était Ramatullah qui n’en crut pas ses yeux de voir se poser ce grand oiseau aux cheveux blonds. Il croyait rêver. Le papa-oiseau ne lui laissa pas le temps de s’étonner, le prit contre lui et repartit à tire d’aile. Il déposa Ramatullah devant ses amis au moment où le disque du soleil s’élevait dans le ciel, comme s’il s’était déguisé en ballon rouge ! Après tant d’émotions, le papa avait oublié pourquoi il se trouvait au Trésoristan. 
  Ramatullah, éperdu de reconnaissance insista pour que tous viennent se restaurer chez lui. Quand sa femme comprit ce qui venait de se passer, elle s’adressa au papa-oiseau : « Etranger, tu as sauvé mon mari, alors que rien ne t’y obligeait ; je voudrais te donner quelque chose, mais nous sommes pauvres …accepte ce collier que mon père m’a offert lorsque je suis partie pour me marier avec Ramatullah ». Le papa-oiseau commençait à refuser le présent, quand, il vit apparaître un collier avec des turquoises. Alors tout fut clair pour lui, il sut pourquoi il était venu dans ce pays et deux larmes glissèrent de ses yeux. 

  Pendant ce temps Lilia avait pointé son nez mais elle ne s’inquiétait aucunement de l’absence de son papa. Elle se souvenait de l’air qu’il sifflait quand elle était une petite graine, et songeait tendrement à lui. La maman pleine de confiance, étonnait  son entourage car elle ne perdit jamais espoir en mettant en œuvre toute sa volonté ».
  
  La cigogne marqua une pause en changeant de patte. J’étais soulagée de savoir que le papa avait enfin découvert le collier, cependant j’étais très curieuse d’entendre la suite. Pendant que le vent du sud semblait se calmer, le grand oiseau poursuivit sur un ton vif: « le papa revient en se laissant porter par les vents favorables et en gardant le collier contre son cœur. A présent c’est le soleil couchant qui le guide, et à la tombée de la nuit, il se pose devant la porte de sa maison. Son cœur bat très fort. Comment rentrer chez lui après une absence si longue ? Comment se faire reconnaître ? Il siffle doucement l’air ancien que Lilia connaît bien. Le papa découvre sa petite fille et la petite-fille reconnaît le sifflement de son papa. La maman voit que le papa a dans les yeux les épreuves et les grands espaces qu’il a traversés, et le papa voit dans les yeux de la maman l’immensité de son amour patient et confiant. « Eh, bien il ne nous reste plus qu’à aller voir la fée Natacha » se disent-ils en éclatant de joie. « Partons au Pays de Salam et retrouvons la grotte  Harpea ».

  Une fois parvenus dans le pays vert aux maisons blanches et rouges, les parents se rendent auprès de la fée qui les attend. Elle est satisfaite qu’ils aient tenu leur promesse, et eux ont hâte de connaître le prénom de princesse de leur petite fille. « Que pensez-vous de Joséphine ? Ce noble prénom qui, depuis les temps bibliques permet de nommer les cœurs nobles, enrobera son caractère de douces manières ». Ils se consultent du regard et acquiescent. La fée continue : «  à présent, voilà le plus important, votre petite fille grandira comme tous les enfants du monde et découvrira que la vie est un mélange de  chance, de joie, de volonté avec quelques chagrins bien sûr, mais, sa position de princesse, lui donne la tâche d’être attentive aux autres, et le collier  lui rappellera toujours qu’elle est une princesse du cœur ». 

  Alors, un brouillard venu de la mer les a enveloppés ne laissant filtrer que l’éclat de quelques pierreries, la fée a pris sa baguette, s’est penchée sur le berceau de Joséphine-Lilia et, en la regardant intensément, lui a murmuré « … » ».

  Les parents remercièrent la fée Natacha et gardèrent pour elle une immense gratitude. Elle les avait tirés du désarroi dans lequel ils étaient plongés quand ils ne savaient plus comment s’y prendre devant la demande de la petite graine, et surtout, elle leur avait fait un cadeau merveilleux en inscrivant dans le cœur de Joséphine-Lilia que, posséder des belles choses doit rendre l’âme plus légère au lieu de l’alourdir». 

  Le vent du sud était tombé, et la pluie s’annonçait ; la cigogne m’annonça son départ pour le grand sud. Je pris mon bâton et redescendis du col.